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Jeudi 20 décembre 2007

"Quel est le motif du rendez-vous ?"

La sécretaire affable me pose une question bien banale à laquelle je suis dans la totale impossibilité de répondre poliment , voir même raisonnablement.

Un motif ? Hé bien je ne sais pas moi. "Mettage dans la gueule ?" ecrasement du salarié ?" "Kill Marie" oui, kill Marie , c'est bien cela . Ils s'y mettent à plusieurs, un m'explose la gueule, un autre m'arrache les tripes, et le dernier me met une bastos dans la tête.

Un rendez-vous "RH" , pourquoi faire, vraiment je ne sais pas. Enfin, moi, je n'ai rien à rajouter vraiement.

Il est marrant leur jeu "Dégomme Marie". Le spectateur en moi regarde la scène, ébahie par leur absence totale de srupules. Le truc c'est que Marie, c'est moi. Ha zut, dommage. On pourrait recommencer la done ? Ha non, on ne peut pas ? mais qu'est-ce je peux faire moi avec ce jeu de cartes ?

La nuit m'envoloppe. Leurs paroles dénuées d'intelligence frappent à la porte de mon cerveau. N'y pense pas Marie. N'y pense pas.

"vous avez de la chance , l'entreprise fait du social , elle vous paie à rien faire" ... c'est la caméra cachée ?

"J'ai voulu vous rencontrer car il est inadmissible de se plaindre de n'avoir pas de travail quand on ne fait rien et qu'on fait mal son boulot". super super cohérent cette phrase.

Ma chef hiérarchique est basée dans une autre région. Depuis que je lui suis rattachée (1 an et demi), je ne l'ai jamais rencontrée. Pour être honnête si une fois. Une fois remarquable dans le style "bête et méchant". Je suis bête et méchante et je t'entube profond.

Prenez ça pour de la coquetterie, mais, moi, si je dois me faire entuber profond, je préfèrre que ce soit par une personne intelligente. Et jolie aussi , si c'était possible ?

Ma chef hiérachique a la gueule de balasko et l'attitude de christine Boutin. Je serai maso, j'aurai l'orgasme de ma vie.

MMMM ... oui oui... fait moi mal... mmmm ... oui c'est bon encore encore.

Le truc, c'est que je ne suis pas maso.

Donc quand elle me balance ses saloperies à le gueule, moi, j'ai plutôt envie de lui en coller une. Et même, la modération n'a jamais été mon fort, de lui en coller deux. Je suis une grande fille bien éduquée, je ne lui en colle ni une ni deux. Comment ça "on ne répond pas ?" Mais enfin .... je ne suis pas une enfant ! Ha si ? Dans votre univers patronal , le salarié est une enfant ? Mince, zut, j'ai une nette tendance adulte, moi. Les jeux "parents/ adultes" , ça n'a jamais été mon truc. Ni dominer, ni soumettre, juste être. Mais ça, ça vous dépasse, messieurs, mesdames les commerciaux. Hé oui, j'ai un cerveau. Hé oui je peux te parler stratégie d'entreprise, te citer des faits, et te démonter par a +b que ce que je vis est un harcèlement d'entreprise.

Ca te contrarie un max ? ... Et moi donc ! T'arrives là pour casser du salarié sans rien connaître du salarié et tu te retrouves en tête à tête avec un salarié qui argumente. Quelle plaie.  comme c'est contrariant. Enfin, tu as le pouvoir n'est-ce pas, tu ne voudrais pas en plus, avoir raison ?

"c'est vous qui avez mis la bouteille d'eau dans cet état ?"

C'est bête, mais je n'ai pas voulu lui dire, que ma bouteille d'eau je l'emmène au sport, et qu'il  ait possible qu'elle ait été esquintée dans le coffre de la voiture. Elle me regarde d'un air spouconneux.

"c'est vous qui avez mis la bouteille d'eau dans cet état ?"

C'est professionnel ça comme question ? Que faut-il comprendre ? Ma bouteille d'eau est cabossée donc je suis une personne nerveuse incapable de se contrôler ?

"Est-ce que vous allez voir un psy "?

Mais enfin ...

Moi "il n'est pas conseillée de demander à une personne victime de harcèlement de consulter un psy, c'est clairement écrit dans le livre de marie france hirogyen".

Elle prend des notes.

Harcèlement sexuel, moral, aggressions verbales, physiques. A aucun moment, elle ne réagit sur le fond. Mais enfin ?

Pendant 2 heures, madame maton m'explique que je suis la reine des nulles. nulle, nulle, nullissime. Quels faits ? parce que je le décide. Ha oui, ça c'est un argument.

Malheureusement, c'est comme ça que ça marche. Peu importe les faits. ce qui compte c'est ce qu'on dit. Je dis que le harcèlement n'existe pas donc il n'existe pas. Je dis que tu es nulle donc tu es nulle.

"Un jour j'ai consulté le tableau x, et il était faux, donc vous êtes nulle".

Marie "il s'agit d'un tableau de saisie et je ne pense pas devoir être évaluée sur mes capacités à faire de la saisie, en outre cette saisie n'est pas faite par moi mais par quelqu'un dont je ne suis pas le manager. et à ma connnaissance, je vous ai d'ailleurs fait un écrit, il n'y avait pas d'erreur".

Elle " avec vous, c'est toujours la faute des autres, mais , ma petite, quoiqu'on fasse on doit le faire bien".

soupir. Non vraiment je ne sais pas lutter contre la loi du plus con.

"Quel est le motif du rendez-vous ?"

euh... sodomie profonde par Frankeinstein ?

C'était samedi soir, et l'homme fasciné par moi, et haissant mon indépendance me dit " moi si j'avais une nana comme toi, je la déchirais".

Je ne suis pas ta mère. Je ne suis pas ton esclave.

Je voulais juste un être une personne indépendante qui vit, qui fait son taff.

Tu ne peux pas comprendre ça ?

Il fallait que je baisse les yeux , c'est ça ? Je t'ai regardé en face , et donc je dois payer c'est ça ?

Je suis naive, c'est con. Je croyais qu'on était tous égaux, je croyais que les femmes avaient le droit de vote. Je croyais que la femme était une personne , même la blonde.

Merde. Papa, pourquoi tu ne me l'a pas dit ? Pourquoi tu ne l'a pas dit que la femme était une esclave ?

J'aurai baissé les yeux.

Je les aurai sucé en baissant les yeux. Je me serai fait prendre profond et je leur aurai dit merci.

Dis papa, pourquoi m'as tu laissé croire que j'étais une PERSONNE ?

Par marie - Publié dans : avec la direction
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Mercredi 5 décembre 2007
J'y pensais hier dans mon lit. Un ami blogger m'avait écrit "du harcèlement psychologique maintenant ?"

Comment ça "maintenant" ? 

Je croyais que c'est de ça dont il était question justement, dans tous mes SOS, mes appels au secours, mes cris, mes larmes, mes récits ici. 

Je prends conscience que je n'ai jamais parlé des faits. Je suis dans mon lit et je me pose la question. Comment peux-tu créer un blog sur le harcèlement et ne pas parler des faits ?

Je ne peux pas.

Je peux vous parler sans rougir du cancer, d'accident, d'hospitalisation, de ma vie sexuelle, de mes rêves, de mes échecs, de mes souffrances. Mais ça, je ne peux pas. 

Je ne peux mettre en scène ce moi victime. 

Mon chef me dit "vous êtes humiliée" et bien sûr je lui réponds : "Non, je sais qui je suis et je sais ce que je vaux".

Mais à vous je peux le dire. 

Je n'y arriverai pas. 

Oui. J'éprouve de la honte. Je crois.

 
Par marie - Publié dans : meurtre légal
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Lundi 3 décembre 2007
Je la sens en moi comme un foetus malade. Elle a faim, elle a peur, elle hurle. Ma haine.

Je vais me coucher avec ma haine.

Demain, je me rendre dans ce bureau, leur dire bonjour et m'asseoir à ma place de punition, avec ma haine.

Elle m'a accablé d'accusations gratuites, puis, après 2 heures de maltraitance, m'a annoncé tranquillement : "ca se voit que vous n'êtes pas bien. Vous parlez de manière sacadée". 

J'essaie de me pardonner d'avoir répondu encore à ces accusations gratuites.  Un jour, il faut poser les mots et prendre les armes.

La haine me dévore. J'aimerai la déposer quelque part comme une bête malade qu'il faut bien achever. 

Est-ce ma haine me détruit ? Est-ce qu'elle me sauve la vie ? 

Devais je dire "oui madame, merci madame, oui madame je suis une merde, veuillez m'excuser ?".

Une fois de plus les 2 heures d'entretien ont été verbales et sans témoin. Une fois de plus ils ont gagné. J'ai envie de leur répondre par écrit mais j'imagine, que dans leur jeu de guerre des  nerfs, le premier qui écrit,, a perdu.

J'ai déjà tout perdu. 

Je n'espère déjà plus que la fin. La fin de ma vie. Comment tourner la page sur leur totalitarisme ?

Alors j'éteins le Pc, j'éteins les lumières et je me couche avec ma haine.

Demain, il faudra vivre encore, avec ma haine au coeur.

Par marie - Publié dans : meurtre légal
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Dimanche 2 décembre 2007

Lundi matin dans ton lit. Tu tournes et retournes leurs mots dans ta tête et ton corps dans tes draps blancs. Tu es épuisée et te demande "quand vais-je donc m'endormir ? comment vais je encore gérer cette nuit avec ces blancs, avec ses trous noirs qui m'aspirent, avec ces envies de me jetter par la fenêtre ?" 

Le réveil sonne. Mais pourquoi le réveil sonne au milieu de la nuit ??? Tu jettes un oeil hagard et assassin sur l'objet du délit. 8.30h ! Mais enfin. Tu ne peux pas. 9.00. 10.00h Tu ne peux pas. Non, tu ne peux pas te lever. Tu as beau visualiser toutes les choses que tu pourrais faire si ton corps se levait (allumer l'ordinateur, regarder par la fenêtre), mais c'est juste que tu ne peux pas. 

Autrefois, quand il y avait encore une apparence de règles dans la société, tu aurais contacté ton médecin pour justifier cette sidération matinale. 

Tu te remémores les propos de ton chef "vous n'avez pas de travail mais vous n'avez pas d'horaires". OK. Tu prends le temps de boire un café, de toutes façons, tu es bien trop épuisée pour t'y rendre sans un minimum de caféine. 

Tu aimerais que cette boule dans ta gorge disparaisse. Tu n'as pas envie de pleurer devant eux. Tu arrives au bureau à 11.00h et te planques derrières ton bureau. 

Tu les vois sourire. Tu les entends rire, rire et RIRE encore. 

Tu te rends dans le bureau d'un collègue pour faire le point sur les saisies qui te sont confiées. A la recherche d'une information, vous consultez sa messagerie. Tu es ébahie par tous ses mails de travail. Tu te sens comme AliBaba, émerveillé, devant les trésors de la caverne. Elle paraît toujours tellement épanouie. On le serait à moins. 

Tu retournes dans ton bureau , devant ton Pc sans mail. 

Tu les entends rire. 

Peut-être est-ce un rêve ? Je vais me réveiller hein dis moi ? Ca n'existe pas ? Ca existe une grosse boite qui prive de travail un salarié ? Ca existe un cadre auquel on ne confie que de la saisie ? 

Le vide la semaine. Le vide le week-end. Ils t'ont lyophilisée. 

Par quelle force, par quelle innocence, le sdf met un pas devant l'autre et marche ?

Par marie - Publié dans : isolement
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Samedi 1 décembre 2007

Rendez-vous à 15.00h je crois avec Me la directrice régionale.

Que dire ? Que ne pas dire ?

Ne pas me laisser déstabiliser.


Mais voilà. Madame arrive, ce matin, me dit "bonjour", avec la gueule de la dame qui est obligée de saluer le salopard qui a violé sa fille. Déjà d'entrée de jeu, moi, ça m'agace.


14.30h. Je l'entends avec mes collègues harceleurs. Ils rients, ils minaudent. Elle les flatte, ils rient. C'est la petite maison dans la prairie cette boîte. On dirait que ça serait la petite maison dans la prairie, sauf que les vrais ingalls auraient été remplacés par des faux et que Laura serait à la cave avec les rats.


Les rats sont bien vivants et marchent sur moi.


Est-ce mon intérêt de dire que mon poste n'existe pas ? que se passent-il s'ils le reconnaissent ? le chômage ?


J'ai décousu la doublure de mon gilet pour y cacher un dictaphone. Je ne sais bien que çe n'a pas force de preuves mais sans cette astuce j'aurai l'impression d'aller à la guerre sans fusil, au lit avec Mr muscle sans préservatif.


Je me sens encore plus fragile avec ma petite arme de pacotille. Tu sais le flic m'a donné cette arme pour avoir le droit de me dégommer.


Je n'ai pas envie de parler avec vous. On est dans la vraie vie là. Arrêtez votre cinéma.


Moi je ne veux que me battre ou m'enfuir.


Et je ne peux ni l'un ni l'autre. La justice n'existe pas, le droit du travail est un leurre et que je n'ai ni argent ni formation ni 20 ans ni 30 ans.


Je suis juste épuisée.


Dis-moi sarko, travailler plus pour gagner plus , moi je voulais bien. On est nombreux à le vouloir bien. Tu crois que c'est comme ça que ça marche ? Tu crois que tous ces glandeurs de chômeurs ne veulent pas bosser ? Tu crois que c'est nous qui choississont ?


"On attaque Marie ?"


Merde, je dois y aller.


Merde, merde, merde.

Par marie - Publié dans : avec la direction
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Jeudi 29 novembre 2007

J'essayais de dresser ma peine. Voyons, Marie, tu gagnes bien ta vie, tu peux gérer ton temps, tu habites en province. Ce n'est rien, ça va passer. 

Elle a jaillit comme un diable de sa boite du couloir dans le bureau du boss situé juste en face du mien. "Il y a intérêt que je sois classe 6 demain".


"Classe 6" pour vous ça ne veut rien dire. Dans ma branche, les métiers et donc les personnes sont côtés de 1 à 7. Vous êtes cadre à partir de la classe 5.


Bac +5, je suis entrée en 91 au niveau classe 5. J'ai trimé dur pour obtenir cette fameuse classe 6. Ils m'ont bien mené en bateau : si tu veux l'avoir , tu dois faire ci, tu dois faire ça. Bosser le week-end, bosser 14h par jour. Endurer les violences, les harcelements.

Un jour ils m'ont proposé ce poste de haut niveau : obtiens d'abord des résultats, tu auras le titre après. J'ai mené à bien la misson... vous devinez la suite. 


Et donc je suis là et je l'entends exiger. Le boss dit qu'on en doit pas se comparer aux autres mais c'est bien cela l'enfer, non ? Voir cette fille qui hier était standardiste, qui ne sait pas diviser par 10, qui "pique des colères" tous les jours et qui me dit à moi "tu dois faire tes preuves" obtenir cette promotion tandis qu'à moi, on écrit  "vous n'êtes pas en mesure d'évoluer vers un poste de classe 6". 

Je me suis levée vers le bureau du boss.


"Je veux négocier mon départ".

C'était agréable cet air de stupéfaction sur son visage. 

"Mais enfin Marie, vous savez ce que vous faites. Bien sûr vous avez été harcelée, bien sûr vous êtes sacrifiée, et nous savons tous que vous ne pouvez pas le prouver... mais ne le prenez pas personnellement". 

Chers harceleurs, chers collègues, chers boss, avec tout le respect que je vous dois, j'ai personnellement envie de vous coller un uppercut, un direct du gauche, et un bon coup de genoux dans les c--- que vous n'avez pas.


Avec tout le respect que je vous dois bien sûr. 

Par marie - Publié dans : avec la direction
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Vendredi 23 novembre 2007

Il est vrai que je ne vous ai pas tout dit. J'aimerais vous raconter toutes ces histoires bien réelles pourtant : le modèle gothique au sexe épilé, ma belle copine aux seins en formes de pamplousses et à la peau blanche qui se glisse dans mon lit ! enfin ... pas mon lit, son lit, c'est jusque que j'y étais moi aussi dans son lit :).

J'aimerai vous parler de ces petits rien qui me font vivre ou survivre. Où s'arrête la vie ? On commence la survie ? Est-ce l'entreprise qui me fait vivre en me payant, et ces petits choses du quotidien qui me font survivre ? Ou est-ce l'entreprise qui me maintient dans un état de survie tandis que les "petites" choses font de ma survie... la vie ?

Je reçois ce matin un mail de rendez-vous de ma responsable hirérachique. Elle souhaite me rencontrer le 30 Novembre.

Je ne sais pas comment emmener l'entreprise à négocier mon départ. L'entreprise ne négocie pas. Elle te pousse sur le bord de la falaise. Et c'est ta responsabilité de sauter.

L'entreprise m'a fait faire une "assess session" il y a un an, à laquelle je vous assure je me suis éclatée et j'ai été carrément brillante. Puis j'ai découvert le rapport. Un torchon de 5 pages pour expliquer ma totale incompétence.

Je n'ai aucun moyen de lutter contre cette mafia.

Je ne peux m'empêcher d'espérer qu'il y ait un moyen de leur renvoyer leur violence.

Mais je ne sais pas comment.

Je ne sais pas si je dois me taire et dire merci. Vous savez comme dans ce compte chinois où une petite fille va supplier le dragon qui menace sa ville de rester.

Le dragon déploie ses ailes crache des flammes encore plus puissantes devant l'arrogance de cette petite fille. 

"comment, tu souhaites me voire rester et terroriser ta ville ?"

et la petite ville réponds "oui car si vous partez , un dragon plus méchant encore prendra votre place".

Peux être n'y a t-il rien  de mieux à espérer du monde du travail ? Peux être que ce dragon est une chance ? J'ai eu peur toute ma vie. J'ai connu la violence toute ma vie. Et tous mes combats ne m'ont apporté qu'une plus grande souffrance.

Dois-je abjurer ?

Mon service de protection juridique refuse naturellement de me fournir un avocat. Leur argument ? Je n'a aucune chance ! Ca, c'est un argument.

J'aimerai être un "man on fire" : prendre les armes et les dégommer un à un. La justice à été inventée un jour pour se substituer à la loi du talion, il me semble. Mais si la justice est oublié, passée à la trappe.... Une bonne petite loi du talion ?

Je ne sais pas comment on fait pour prendre les armes dans leur univers de toute puissance.

Je ne sais pas.

Par marie - Publié dans : que faire ?
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Mercredi 21 novembre 2007


Cela m'avait donné la pêche d'écrire. Dans le miroir de la salle de sport, je me voyais tellement forte, grande, musclée, l'air sûr de moi.

Je suis rentrée de chez moi. C'était un série américaine sans surprise "cold case". L'histoire d'un jeune homme noir tué par un groupe d'homme blanc. Après le passage à tabac, ils le menacent :

"Tu as intérêt de te taire".

Le jeune ensanglanté à terre : "non seulement je ne me tairais pas, mais je le dirai haut et fort".

Le groupe d'hommes blanc le pendent.

Pendant toute la scène, la radio diffuse le discours de Martin Luther King à la radio. Un rêve. Pour qu'un nouveau jour se lève.


Et moi dans mon canapé. Toute la violence du harcèlement professionnel me saute à la gueule. C'est la même chose. Un groupe contre une personne isolée. Bouc-émissaire, ennemi désignée. Les aggressions verbales quotidiennes, le discrédit, les menaces. La force du nombre, la force du pouvoir contre la personne seule et impuissante.


Quand ce jeune homme noir à terre aux Etats-Unis, en 1963, refuse de se taire au péril de sa vie, il commet un acte héroique.


A terre moi aussi, ma résistance par le récit me semblait procéder de la même démarche. Je le pense toujours puisqu'il s'agit bien de dénoncer un meutre légal.


Un jour, une bloggeuse m'a écrit "tu devrais écrire sur autre chose" ou traiter cela par l'humour, regarde le blog de la cigale et les fourmis.


C'est cela que les autres pensent ? Mouche toi le nez , arrête de te plaindre, prends du recul ?


Je vais voir l'enfant noir tabassé et je lui dis : pense à autre chose, laisse tomber.


NON.


Je rêve moi aussi. Qu'en lisant mon récit, quelqu'un quelque part ressente l'ignominie de ce crime légal. Pour la dignité de chaque être humain. Parce qu'une vie est une vie. Et qu'aucune société n'a le droit de livrer un individu aux sadismes d'un ou de plusieurs.


Aujourd'hui, les droits de l'homme pour certains s'arrête aux portes de l'entreprise. La violence perverse a pris la place des conditions physiques inhumaines. Personne ne va défiler en brandissant des panneaux "halte à la violence perverse".  Sans compter que cette violence n'est pas forcément le fait du "méchant patron", elle peut être le fait d'un groupe, d'un subordonné. Mais seule l'entreprise a le pouvoir d'encourager ou de stopper le processus.


Après-demain, je vais passer un entretien professionnel. J'ai peur du moment où le souvenir de la violence va me sauter à la gueule.


Parce qu'on ne peut pas se sauver des crimes impunis.


Il ne me reste que ces mots dans le silence de la bloggosphère. 

Par marie - Publié dans : meurtre légal
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Dimanche 18 novembre 2007
C'est un drôle de job que le mien. Se lever le matin, allumer l'ordinateur, mettre l'eau à chauffer, boire un ricoré, laisser la vie passer sur moi.

Par la fenêtre, je vois un univers normal : la cuisine du CHU, des bouleaux bercés par le vent, des hêtres, des cumulus tout doux. Des personnages aparaissent par fois dans ma vision. En petits groupes de 5, 6 personnes, les salariés de la clinique, viennent faire leur pause cigarrette.  Ils s'assient simplement par terre abrités de leur univers par une haie, par un camion de livraison. Et moi, prisonnière du silence, seule et immobile derrière la vitre, je les regarde.

Je croient les entendre : "t as vu, machin est enceinte, mon dernier a la grippe, mon mari n'est jamais content mais c'est un bon bricoleur, tu vas où pour les vacances ?"

C'est peut-être ça mon job : regarder les autres vivre. On m'avait toujours appris à être bien calme, bien polie, bien respectueuse, bien travailleuse. J'imagine qu'avec une autre personnalité, je n'en serais pas là. Les gens crient autour de moi, pleurent, insultent, menacent. Je vois la société les récompenser, je subis les sanctions à leur place. On me dit "les gens ont bien le droit de faire une colère". On me dit "c'est à chacun de se faire respecter".

Et comment ? comment quand le n+1 les encourage ?

Je dois penser à autre chose. Regarder par la fenêtre les feuilles encore vertes bercées par le vent. Il n'y a pas de personnages dans ce décor aujourd'hui. Peut-être leur a t-on interdit les pauses. Peut-être ont-ils simplement changé de cachette.

"chef d'entreprise reconnu capable de... plus efficace... dossier... voir le médian...plus on est sollicité pour tout..problématique..."

Je les entends travailler. Et moi je suis là. Je me refais un thé. Je mange un pims à la cerise.

Je sais, je dois me battre plus fort.

Je peux taper du poing sur la table et les emmener aux prudhommes. Seulement voilà, je sais que la justice n'existe pas dans ce pays. Je sais d'experience. Je peux abandonner la partie, ne plus venir, me retrouver à la rue sans indemnité. Je sais qu'aux prudhommes, ils seront les plus forts. Une femme seule n'a jamais gagnée contre la mafia.

Toutes les nuits. Toutes les aubes. Je pense à cette vie qu'on m'a volée. J'avais 35 ans, j'étais responsable marketing. Enfin, je n'avais que les responsabilités pas le titre bien sûr. Mais j'avais tout ce chemin devant moi, ces reponsabilités, ces échanges. Je repense avec nostalgie à ces arrivées à 8.00h du mat au bureau, quand la tour était plongée dans le noir. Comme j'aimais travailler !

J'étais jeune, belle, et quand on me demandait le nom de mon métier, je répondais "chargée d'études marketing" je ne comprenais pas leurs regards envieux et admiratifs.

Je dois oublier tout ça. Je suis en prison pour une faute que je n'ai pas commise et je ne peux que renoncer au ciel, à la vie, à l'espoir.

Le ciel est derrière la vitre. Oh, tiens des gouttes de pluie.

Ils sont tous là aujourd'hui, le directeur régional, le directeur régional entreprise, le délégué régional. Je devrais peut-être me lever et m'installer dans leur bureau. Oui, je devrais.

J'ai pas envie d'être humiliée en public. J'ai plus envie qu'on me crie dessus en toute impunité "tu n'as aucune misson, tu n'as aucune responsabilité et d'ailleurs dans mon autre région je n'ai pas de pilote".

J'essaie, j'essaie mais je n'en peux plus de faire semblant.

Contacter l'inspecteur du travail pour la énième fois qui ne veut pas me recevoir, contacter les syndicats qui me disent de me taire "vous devriez être contente d'avoir un salaire, vous n'avez pas de job mais c'est grâce à nous qu'il n'a pas été supprimé". Mais il aurait été supprimé, l'entreprise aurait eu l'obligation légale de me donner un vrai poste ducon !

J'ai pas envie.

Pas envie de me quémander un arrêt maladie. Ce n'est pas moi qui suis malade.

Pas envie d'avoir honte. Mon placard est leur infamie.

Plus la force de créer des liens avec les autres. Ceux qui me parlent de leur boulot, leur maison, leur mari, leur enfants.

Pas envie de recevoir cet homme chez moi, écoute je ne t'aime pas mais si tu voulais bien me rejoindre sur le canapé qu'on fasse un truc , t'es chiante comme fille.

Casse toi.

Rendez-moi ma vie. 

5 livreurs apparaissent dans mon paysage. Ils portent des salopettes blanches. Ils discutent entre eux. Ils montent dans des camionnettes ""hopitaux d e---, restauration".

JE SUIS VIVANTE. JE SUIS UNE PERSONNE.

Est-ce que quelqu'un un jour entendra mon cri ?

Par marie - Publié dans : isolement
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Mardi 18 septembre 2007
6ème suicide chez PSA, Libé, 18 juillet.

Tu es là dans l'usine à porter les pièces et tu vois ce gamin te donner des ordres. Tu n'es plus tout jeune...55 ans !, qu'as tu à espérer du temps qui te reste ? Tu as pris l'habitude de rire avec eux, de jouer à celui qui accepte sa condition, "comme il est cool gérard,, comme il est con". Comme il est con, oui.
Toi tu rêvais d'autre chose. Tu ne sais pas. Tu y penses tout le temps dans l'atelier, c'est comme un cancer qui te mange les tripes : "quand est-ce que tout a foiré ? qu'est-ce que j'aurai dû faire ? est-ce que c'est ça la vie d'un homme ?"
Putain. Faut pas que t'y penses.
Y a tout ces types de 20 ans autour de toi, ces gamins. "Hé ducon magne toi le cul, t'as pas entendu sarko, faudrait voir à bosser plus"
Faut que tu réagisses mais il y a cette boule dans ta gorge. Tu vas quand même pas chialer devant eux. Alors tu ris. Tu joues les bouffons. "Hé bouffon, tu te magnes".
T'aurais bien aimé avoir la bagnole à 50.000 €, le costard et le respect. Tu penses à ton père. Plombier. Tu croyais faire tellement mieux ! Comme tu étais fier en entrant minot dans cette entreprise de remon. T'en as pris pour 30 ans. Tu les entends rire et tu te sens glisser dans un abime sans fond.
Même bander tu ne peux plus. Tu lui a payé une cuisine neuve qu'elle lave 3 fois par jour. Tu te réfugies dans la cave dans un petit coin comme quand t'étais gosse et que ta mère te criais dessus. C'était quoi ton rêve ? as-tu rêvé un jour ? Permission de rêver, t'as pas su où la prendre, t'as pas su à qui la demander. On t'avait dit "marche" et tu as marché.
Putain. Faut que t'arrête de penser à tout ça. faut que tu te sauves de là.
T'enfuir où ? Vers qui ? vers quoi ?
Peut-être que quand on meurt on recommence à zéro ailleurs ? hein dis moi ? s'il te plaît maman, dis moi que j'ai encore une chance ?
T'aurai voulu être un homme debout et t'es là comme un con à endurer le jour, à endurer le soir.
Tu pleures comme un gosse.
Foucault à la TV, les somnifères de ta femme sur la table de nuit, la bouteille de whisky devant toi.
Non, tu ne vas pas mourir comme un con.
Tu pars discrètement de ta maison dans la nuit chaude de juillet. Cela t'as toujours étonné ces grues géantes au milieu des villes. Toi tu ne disais rien mais quand la circulation te faisait approcher l'une d'entre elles, tu ne comprenais pas l'absence de réactions des autres personnes. C'est tellement fascinant une grue. Fier, puissant.
La sueur coule sur ton front, le souffle te manque.... tu boirais bien une mousse bien fraîche ! Comme tu te sens VIVANT. Comme c'est bon. Comme tu aimes VIVRE.
Ca y est te voilà au plus haut. Est-ce que tu n'as pas peur ?
La ville est une mosaique de carrés verts, bleus, jaunes. Jaunes ce sont les autres, les autres avec leur vie normale. C'était sans doute toi le bug. Tu voulais être un rond. Un rond orange, un rond qui rebondit, qui va quelque part.
N'y pense plus.
Un orage éclate. putain , c'est con, tu as peur qu'il te tombe dessus. Enfin, voyons ne fais pas l'enfant. Tu es un homme. Tu sais pourquoi tu es là. 
"A quoi pense t-on avant de mourir ?" C'est sans doute la phrase qu'ils vont se poser. Ton choix fait taire tous tes cris atones qu'ils ne voulaient entendre.
Oh regarde là-bas. L'usine ! Comme elle est belle et comme tu l'aimais avant.
Comme tu aurais aimé vivre aussi.
Ca y est tu te jettes. Waouh, ça fout la trouille cette connerie. Peur de mourir ? Ils rigolent ! T'as bien trop peur de t'écraser. Cette trouille que t'as eu. C'est dingue, on se lance et on croit que ça y est c'est bon et il y a cette barre qui vous scie en deux et vous coupe le souffle.
Respire.
Voilà il fallait juste trouver tes marques. Le poème d'Aragon surgit bien malgré toi "est-ce ainsi que les hommes vivent et leur baisers au loin les suivent"
Tu penses à Aragon, tu penses à la première fille que embrassé. Tu penses à ta mère. Tu penses à l'atelier. Elle était où ta place.
Oublie-ça.
Ce n'est rien, ça va passer. Je vole avec toi.
 
Par marie - Publié dans : la mort délivrance
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