Mercredi 21 novembre 2007


Cela m'avait donné la pêche d'écrire. Dans le miroir de la salle de sport, je me voyais tellement forte, grande, musclée, l'air sûr de moi.

Je suis rentrée de chez moi. C'était un série américaine sans surprise "cold case". L'histoire d'un jeune homme noir tué par un groupe d'homme blanc. Après le passage à tabac, ils le menacent :

"Tu as intérêt de te taire".

Le jeune ensanglanté à terre : "non seulement je ne me tairais pas, mais je le dirai haut et fort".

Le groupe d'hommes blanc le pendent.

Pendant toute la scène, la radio diffuse le discours de Martin Luther King à la radio. Un rêve. Pour qu'un nouveau jour se lève.


Et moi dans mon canapé. Toute la violence du harcèlement professionnel me saute à la gueule. C'est la même chose. Un groupe contre une personne isolée. Bouc-émissaire, ennemi désignée. Les aggressions verbales quotidiennes, le discrédit, les menaces. La force du nombre, la force du pouvoir contre la personne seule et impuissante.


Quand ce jeune homme noir à terre aux Etats-Unis, en 1963, refuse de se taire au péril de sa vie, il commet un acte héroique.


A terre moi aussi, ma résistance par le récit me semblait procéder de la même démarche. Je le pense toujours puisqu'il s'agit bien de dénoncer un meutre légal.


Un jour, une bloggeuse m'a écrit "tu devrais écrire sur autre chose" ou traiter cela par l'humour, regarde le blog de la cigale et les fourmis.


C'est cela que les autres pensent ? Mouche toi le nez , arrête de te plaindre, prends du recul ?


Je vais voir l'enfant noir tabassé et je lui dis : pense à autre chose, laisse tomber.


NON.


Je rêve moi aussi. Qu'en lisant mon récit, quelqu'un quelque part ressente l'ignominie de ce crime légal. Pour la dignité de chaque être humain. Parce qu'une vie est une vie. Et qu'aucune société n'a le droit de livrer un individu aux sadismes d'un ou de plusieurs.


Aujourd'hui, les droits de l'homme pour certains s'arrête aux portes de l'entreprise. La violence perverse a pris la place des conditions physiques inhumaines. Personne ne va défiler en brandissant des panneaux "halte à la violence perverse".  Sans compter que cette violence n'est pas forcément le fait du "méchant patron", elle peut être le fait d'un groupe, d'un subordonné. Mais seule l'entreprise a le pouvoir d'encourager ou de stopper le processus.


Après-demain, je vais passer un entretien professionnel. J'ai peur du moment où le souvenir de la violence va me sauter à la gueule.


Parce qu'on ne peut pas se sauver des crimes impunis.


Il ne me reste que ces mots dans le silence de la bloggosphère. 

Par marie - Publié dans : meurtre légal
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Commentaires

Normal que tu aies peur ! ceci dit, tu as raison d'essayer autre chose, même s'il y a une chance sur mille au moins tu tentes autres choses, même si tu seras moins bien payée, tu seras vivante, tu n'es pas seule Marie, surtout ne t'enferme pas dans le silence bises
Commentaire n°1 posté par zoe le 21/11/2007 à 12h59
Je me suis fait harcelée aussi, pas aussi ouvertement que vous mais le but était bien de ma faire partir. Seulement je suis peut-être plus agée que vous (j'ai 40 ans) alors j'arrive peut-être plus à prendre du recul.
Ca m'est arrive deux fois parce qu'en fait je résiste quand je ne suis pas d'accord et je ne m'écrase pas. Mes collègues me disaient écrase toi" et je les voyais eux aussi encaisser des trucs immondes et débiles. J'ai toujours refusé d'encaisser sans rien dire la connerie trop profonde et l'injustice évidente. D'ou les harcelements subis. Ce n'était pas mon intérêt mais je me suis révoltée. au début je ne dormais plus, j'ai pris des calmants. Les deux fois j'ai du changer de travail et tout le monde va finir par dire que c'est votre faute sauf en privée mais tout le monde a la trouille de perdre son boulot. Moi aussi j'ai vu des pétasses decérébrées promues à cause de leur cul et rien d'autre. Oui ça fait mal quand on a bossé d'arrache pied : c'est opur ça qu'il faut changer de job même si c'est dur! On ne va pas travailler gratos pour ces salops contre notre santé ? Sans nous et avec pétasse girl aux commandes c'est sur que ça va mieux marcher !

Ce que vous pouvez faire c'est écrire, pour vous ou pour le publier. Et qui sait peut-être un bon film à la clef ?

Je vis la même chose que vous mais comme c'est la deuxième fois c'est plus facile, même si le processus d'isolement est toujours aussi pervers : ça arrange tout le monde que les coups tombent sur vous et pas sur eux, c'est si facile, ils sont irréprochables eux bien sur.

Je me demande parfois si je ne devrais pas être plus rusée et feindre la conne pour dévier les coups sur un autre plus con, comme eux, puisqu'ils sont si laches ...

Méditez y vous aussi, sans nous écraser, être plus rusée, pour ne pas être harcelée.

Bien sur au final ça ne récompense pas la compétence, mais visiblement ce n'est pas ça qu'ils cherchent.
Commentaire n°2 posté par pinkypou le 09/10/2009 à 13h08
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