Il existe aujourd'hui en France en 2007, un moyen de détruire une personne en toute impunité, ce meutre au quotidien porte un nom : le harcèlement.
Face à leur toute puissance, il ne me reste que la parole. M'entendrez-vous ?
Cela m'avait donné la pêche d'écrire. Dans le miroir de la salle de sport, je me voyais tellement forte, grande, musclée, l'air sûr de moi.
Je suis rentrée de chez moi. C'était un série américaine sans surprise "cold case". L'histoire d'un jeune homme noir tué par un groupe d'homme blanc. Après le passage à
tabac, ils le menacent :
"Tu as intérêt de te taire".
Le jeune ensanglanté à terre : "non seulement je ne me tairais pas, mais je le dirai haut et fort".
Le groupe d'hommes blanc le pendent.
Pendant toute la scène, la radio diffuse le discours de Martin Luther King à la radio. Un rêve. Pour qu'un nouveau jour se lève.
Et moi dans mon canapé. Toute la violence du harcèlement professionnel me saute à la gueule. C'est la même chose. Un groupe contre une personne isolée. Bouc-émissaire, ennemi
désignée. Les aggressions verbales quotidiennes, le discrédit, les menaces. La force du nombre, la force du pouvoir contre la personne seule et
impuissante.
Quand ce jeune homme noir à terre aux Etats-Unis, en 1963, refuse de se taire au péril de sa vie, il commet un acte héroique.
A terre moi aussi, ma résistance par le récit me semblait procéder de la même démarche. Je le pense toujours puisqu'il s'agit bien de dénoncer un meutre légal.
Un jour, une bloggeuse m'a écrit "tu devrais écrire sur autre chose" ou traiter cela par l'humour, regarde le blog de la cigale et les fourmis.
C'est cela que les autres pensent ? Mouche toi le nez , arrête de te plaindre, prends du recul ?
Je vais voir l'enfant noir tabassé et je lui dis : pense à autre chose, laisse tomber.
NON.
Je rêve moi aussi. Qu'en lisant mon récit, quelqu'un quelque part ressente l'ignominie de ce crime légal. Pour la dignité de chaque être humain. Parce qu'une vie est une vie. Et qu'aucune
société n'a le droit de livrer un individu aux sadismes d'un ou de plusieurs.
Aujourd'hui, les droits de l'homme pour certains s'arrête aux portes de l'entreprise. La violence perverse a pris la place des conditions physiques inhumaines. Personne ne va défiler en
brandissant des panneaux "halte à la violence perverse". Sans compter que cette violence n'est pas forcément le fait du "méchant patron", elle peut être le fait d'un groupe, d'un
subordonné. Mais seule l'entreprise a le pouvoir d'encourager ou de stopper le processus.
Après-demain, je vais passer un entretien professionnel. J'ai peur du moment où le souvenir de la violence va me sauter à la gueule.
Parce qu'on ne peut pas se sauver des crimes impunis.
Il ne me reste que ces mots dans le silence de la bloggosphère.