avec la direction

Jeudi 20 décembre 2007

"Quel est le motif du rendez-vous ?"

La sécretaire affable me pose une question bien banale à laquelle je suis dans la totale impossibilité de répondre poliment , voir même raisonnablement.

Un motif ? Hé bien je ne sais pas moi. "Mettage dans la gueule ?" ecrasement du salarié ?" "Kill Marie" oui, kill Marie , c'est bien cela . Ils s'y mettent à plusieurs, un m'explose la gueule, un autre m'arrache les tripes, et le dernier me met une bastos dans la tête.

Un rendez-vous "RH" , pourquoi faire, vraiment je ne sais pas. Enfin, moi, je n'ai rien à rajouter vraiement.

Il est marrant leur jeu "Dégomme Marie". Le spectateur en moi regarde la scène, ébahie par leur absence totale de srupules. Le truc c'est que Marie, c'est moi. Ha zut, dommage. On pourrait recommencer la done ? Ha non, on ne peut pas ? mais qu'est-ce je peux faire moi avec ce jeu de cartes ?

La nuit m'envoloppe. Leurs paroles dénuées d'intelligence frappent à la porte de mon cerveau. N'y pense pas Marie. N'y pense pas.

"vous avez de la chance , l'entreprise fait du social , elle vous paie à rien faire" ... c'est la caméra cachée ?

"J'ai voulu vous rencontrer car il est inadmissible de se plaindre de n'avoir pas de travail quand on ne fait rien et qu'on fait mal son boulot". super super cohérent cette phrase.

Ma chef hiérarchique est basée dans une autre région. Depuis que je lui suis rattachée (1 an et demi), je ne l'ai jamais rencontrée. Pour être honnête si une fois. Une fois remarquable dans le style "bête et méchant". Je suis bête et méchante et je t'entube profond.

Prenez ça pour de la coquetterie, mais, moi, si je dois me faire entuber profond, je préfèrre que ce soit par une personne intelligente. Et jolie aussi , si c'était possible ?

Ma chef hiérachique a la gueule de balasko et l'attitude de christine Boutin. Je serai maso, j'aurai l'orgasme de ma vie.

MMMM ... oui oui... fait moi mal... mmmm ... oui c'est bon encore encore.

Le truc, c'est que je ne suis pas maso.

Donc quand elle me balance ses saloperies à le gueule, moi, j'ai plutôt envie de lui en coller une. Et même, la modération n'a jamais été mon fort, de lui en coller deux. Je suis une grande fille bien éduquée, je ne lui en colle ni une ni deux. Comment ça "on ne répond pas ?" Mais enfin .... je ne suis pas une enfant ! Ha si ? Dans votre univers patronal , le salarié est une enfant ? Mince, zut, j'ai une nette tendance adulte, moi. Les jeux "parents/ adultes" , ça n'a jamais été mon truc. Ni dominer, ni soumettre, juste être. Mais ça, ça vous dépasse, messieurs, mesdames les commerciaux. Hé oui, j'ai un cerveau. Hé oui je peux te parler stratégie d'entreprise, te citer des faits, et te démonter par a +b que ce que je vis est un harcèlement d'entreprise.

Ca te contrarie un max ? ... Et moi donc ! T'arrives là pour casser du salarié sans rien connaître du salarié et tu te retrouves en tête à tête avec un salarié qui argumente. Quelle plaie.  comme c'est contrariant. Enfin, tu as le pouvoir n'est-ce pas, tu ne voudrais pas en plus, avoir raison ?

"c'est vous qui avez mis la bouteille d'eau dans cet état ?"

C'est bête, mais je n'ai pas voulu lui dire, que ma bouteille d'eau je l'emmène au sport, et qu'il  ait possible qu'elle ait été esquintée dans le coffre de la voiture. Elle me regarde d'un air spouconneux.

"c'est vous qui avez mis la bouteille d'eau dans cet état ?"

C'est professionnel ça comme question ? Que faut-il comprendre ? Ma bouteille d'eau est cabossée donc je suis une personne nerveuse incapable de se contrôler ?

"Est-ce que vous allez voir un psy "?

Mais enfin ...

Moi "il n'est pas conseillée de demander à une personne victime de harcèlement de consulter un psy, c'est clairement écrit dans le livre de marie france hirogyen".

Elle prend des notes.

Harcèlement sexuel, moral, aggressions verbales, physiques. A aucun moment, elle ne réagit sur le fond. Mais enfin ?

Pendant 2 heures, madame maton m'explique que je suis la reine des nulles. nulle, nulle, nullissime. Quels faits ? parce que je le décide. Ha oui, ça c'est un argument.

Malheureusement, c'est comme ça que ça marche. Peu importe les faits. ce qui compte c'est ce qu'on dit. Je dis que le harcèlement n'existe pas donc il n'existe pas. Je dis que tu es nulle donc tu es nulle.

"Un jour j'ai consulté le tableau x, et il était faux, donc vous êtes nulle".

Marie "il s'agit d'un tableau de saisie et je ne pense pas devoir être évaluée sur mes capacités à faire de la saisie, en outre cette saisie n'est pas faite par moi mais par quelqu'un dont je ne suis pas le manager. et à ma connnaissance, je vous ai d'ailleurs fait un écrit, il n'y avait pas d'erreur".

Elle " avec vous, c'est toujours la faute des autres, mais , ma petite, quoiqu'on fasse on doit le faire bien".

soupir. Non vraiment je ne sais pas lutter contre la loi du plus con.

"Quel est le motif du rendez-vous ?"

euh... sodomie profonde par Frankeinstein ?

C'était samedi soir, et l'homme fasciné par moi, et haissant mon indépendance me dit " moi si j'avais une nana comme toi, je la déchirais".

Je ne suis pas ta mère. Je ne suis pas ton esclave.

Je voulais juste un être une personne indépendante qui vit, qui fait son taff.

Tu ne peux pas comprendre ça ?

Il fallait que je baisse les yeux , c'est ça ? Je t'ai regardé en face , et donc je dois payer c'est ça ?

Je suis naive, c'est con. Je croyais qu'on était tous égaux, je croyais que les femmes avaient le droit de vote. Je croyais que la femme était une personne , même la blonde.

Merde. Papa, pourquoi tu ne me l'a pas dit ? Pourquoi tu ne l'a pas dit que la femme était une esclave ?

J'aurai baissé les yeux.

Je les aurai sucé en baissant les yeux. Je me serai fait prendre profond et je leur aurai dit merci.

Dis papa, pourquoi m'as tu laissé croire que j'étais une PERSONNE ?

Par marie
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Samedi 1 décembre 2007

Rendez-vous à 15.00h je crois avec Me la directrice régionale.

Que dire ? Que ne pas dire ?

Ne pas me laisser déstabiliser.


Mais voilà. Madame arrive, ce matin, me dit "bonjour", avec la gueule de la dame qui est obligée de saluer le salopard qui a violé sa fille. Déjà d'entrée de jeu, moi, ça m'agace.


14.30h. Je l'entends avec mes collègues harceleurs. Ils rients, ils minaudent. Elle les flatte, ils rient. C'est la petite maison dans la prairie cette boîte. On dirait que ça serait la petite maison dans la prairie, sauf que les vrais ingalls auraient été remplacés par des faux et que Laura serait à la cave avec les rats.


Les rats sont bien vivants et marchent sur moi.


Est-ce mon intérêt de dire que mon poste n'existe pas ? que se passent-il s'ils le reconnaissent ? le chômage ?


J'ai décousu la doublure de mon gilet pour y cacher un dictaphone. Je ne sais bien que çe n'a pas force de preuves mais sans cette astuce j'aurai l'impression d'aller à la guerre sans fusil, au lit avec Mr muscle sans préservatif.


Je me sens encore plus fragile avec ma petite arme de pacotille. Tu sais le flic m'a donné cette arme pour avoir le droit de me dégommer.


Je n'ai pas envie de parler avec vous. On est dans la vraie vie là. Arrêtez votre cinéma.


Moi je ne veux que me battre ou m'enfuir.


Et je ne peux ni l'un ni l'autre. La justice n'existe pas, le droit du travail est un leurre et que je n'ai ni argent ni formation ni 20 ans ni 30 ans.


Je suis juste épuisée.


Dis-moi sarko, travailler plus pour gagner plus , moi je voulais bien. On est nombreux à le vouloir bien. Tu crois que c'est comme ça que ça marche ? Tu crois que tous ces glandeurs de chômeurs ne veulent pas bosser ? Tu crois que c'est nous qui choississont ?


"On attaque Marie ?"


Merde, je dois y aller.


Merde, merde, merde.

Par marie
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Jeudi 29 novembre 2007

J'essayais de dresser ma peine. Voyons, Marie, tu gagnes bien ta vie, tu peux gérer ton temps, tu habites en province. Ce n'est rien, ça va passer. 

Elle a jaillit comme un diable de sa boite du couloir dans le bureau du boss situé juste en face du mien. "Il y a intérêt que je sois classe 6 demain".


"Classe 6" pour vous ça ne veut rien dire. Dans ma branche, les métiers et donc les personnes sont côtés de 1 à 7. Vous êtes cadre à partir de la classe 5.


Bac +5, je suis entrée en 91 au niveau classe 5. J'ai trimé dur pour obtenir cette fameuse classe 6. Ils m'ont bien mené en bateau : si tu veux l'avoir , tu dois faire ci, tu dois faire ça. Bosser le week-end, bosser 14h par jour. Endurer les violences, les harcelements.

Un jour ils m'ont proposé ce poste de haut niveau : obtiens d'abord des résultats, tu auras le titre après. J'ai mené à bien la misson... vous devinez la suite. 


Et donc je suis là et je l'entends exiger. Le boss dit qu'on en doit pas se comparer aux autres mais c'est bien cela l'enfer, non ? Voir cette fille qui hier était standardiste, qui ne sait pas diviser par 10, qui "pique des colères" tous les jours et qui me dit à moi "tu dois faire tes preuves" obtenir cette promotion tandis qu'à moi, on écrit  "vous n'êtes pas en mesure d'évoluer vers un poste de classe 6". 

Je me suis levée vers le bureau du boss.


"Je veux négocier mon départ".

C'était agréable cet air de stupéfaction sur son visage. 

"Mais enfin Marie, vous savez ce que vous faites. Bien sûr vous avez été harcelée, bien sûr vous êtes sacrifiée, et nous savons tous que vous ne pouvez pas le prouver... mais ne le prenez pas personnellement". 

Chers harceleurs, chers collègues, chers boss, avec tout le respect que je vous dois, j'ai personnellement envie de vous coller un uppercut, un direct du gauche, et un bon coup de genoux dans les c--- que vous n'avez pas.


Avec tout le respect que je vous dois bien sûr. 

Par marie
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