meurtre légal

Mercredi 5 décembre 2007
J'y pensais hier dans mon lit. Un ami blogger m'avait écrit "du harcèlement psychologique maintenant ?"

Comment ça "maintenant" ? 

Je croyais que c'est de ça dont il était question justement, dans tous mes SOS, mes appels au secours, mes cris, mes larmes, mes récits ici. 

Je prends conscience que je n'ai jamais parlé des faits. Je suis dans mon lit et je me pose la question. Comment peux-tu créer un blog sur le harcèlement et ne pas parler des faits ?

Je ne peux pas.

Je peux vous parler sans rougir du cancer, d'accident, d'hospitalisation, de ma vie sexuelle, de mes rêves, de mes échecs, de mes souffrances. Mais ça, je ne peux pas. 

Je ne peux mettre en scène ce moi victime. 

Mon chef me dit "vous êtes humiliée" et bien sûr je lui réponds : "Non, je sais qui je suis et je sais ce que je vaux".

Mais à vous je peux le dire. 

Je n'y arriverai pas. 

Oui. J'éprouve de la honte. Je crois.

 
Par marie
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Lundi 3 décembre 2007
Je la sens en moi comme un foetus malade. Elle a faim, elle a peur, elle hurle. Ma haine.

Je vais me coucher avec ma haine.

Demain, je me rendre dans ce bureau, leur dire bonjour et m'asseoir à ma place de punition, avec ma haine.

Elle m'a accablé d'accusations gratuites, puis, après 2 heures de maltraitance, m'a annoncé tranquillement : "ca se voit que vous n'êtes pas bien. Vous parlez de manière sacadée". 

J'essaie de me pardonner d'avoir répondu encore à ces accusations gratuites.  Un jour, il faut poser les mots et prendre les armes.

La haine me dévore. J'aimerai la déposer quelque part comme une bête malade qu'il faut bien achever. 

Est-ce ma haine me détruit ? Est-ce qu'elle me sauve la vie ? 

Devais je dire "oui madame, merci madame, oui madame je suis une merde, veuillez m'excuser ?".

Une fois de plus les 2 heures d'entretien ont été verbales et sans témoin. Une fois de plus ils ont gagné. J'ai envie de leur répondre par écrit mais j'imagine, que dans leur jeu de guerre des  nerfs, le premier qui écrit,, a perdu.

J'ai déjà tout perdu. 

Je n'espère déjà plus que la fin. La fin de ma vie. Comment tourner la page sur leur totalitarisme ?

Alors j'éteins le Pc, j'éteins les lumières et je me couche avec ma haine.

Demain, il faudra vivre encore, avec ma haine au coeur.

Par marie
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Mercredi 21 novembre 2007


Cela m'avait donné la pêche d'écrire. Dans le miroir de la salle de sport, je me voyais tellement forte, grande, musclée, l'air sûr de moi.

Je suis rentrée de chez moi. C'était un série américaine sans surprise "cold case". L'histoire d'un jeune homme noir tué par un groupe d'homme blanc. Après le passage à tabac, ils le menacent :

"Tu as intérêt de te taire".

Le jeune ensanglanté à terre : "non seulement je ne me tairais pas, mais je le dirai haut et fort".

Le groupe d'hommes blanc le pendent.

Pendant toute la scène, la radio diffuse le discours de Martin Luther King à la radio. Un rêve. Pour qu'un nouveau jour se lève.


Et moi dans mon canapé. Toute la violence du harcèlement professionnel me saute à la gueule. C'est la même chose. Un groupe contre une personne isolée. Bouc-émissaire, ennemi désignée. Les aggressions verbales quotidiennes, le discrédit, les menaces. La force du nombre, la force du pouvoir contre la personne seule et impuissante.


Quand ce jeune homme noir à terre aux Etats-Unis, en 1963, refuse de se taire au péril de sa vie, il commet un acte héroique.


A terre moi aussi, ma résistance par le récit me semblait procéder de la même démarche. Je le pense toujours puisqu'il s'agit bien de dénoncer un meutre légal.


Un jour, une bloggeuse m'a écrit "tu devrais écrire sur autre chose" ou traiter cela par l'humour, regarde le blog de la cigale et les fourmis.


C'est cela que les autres pensent ? Mouche toi le nez , arrête de te plaindre, prends du recul ?


Je vais voir l'enfant noir tabassé et je lui dis : pense à autre chose, laisse tomber.


NON.


Je rêve moi aussi. Qu'en lisant mon récit, quelqu'un quelque part ressente l'ignominie de ce crime légal. Pour la dignité de chaque être humain. Parce qu'une vie est une vie. Et qu'aucune société n'a le droit de livrer un individu aux sadismes d'un ou de plusieurs.


Aujourd'hui, les droits de l'homme pour certains s'arrête aux portes de l'entreprise. La violence perverse a pris la place des conditions physiques inhumaines. Personne ne va défiler en brandissant des panneaux "halte à la violence perverse".  Sans compter que cette violence n'est pas forcément le fait du "méchant patron", elle peut être le fait d'un groupe, d'un subordonné. Mais seule l'entreprise a le pouvoir d'encourager ou de stopper le processus.


Après-demain, je vais passer un entretien professionnel. J'ai peur du moment où le souvenir de la violence va me sauter à la gueule.


Parce qu'on ne peut pas se sauver des crimes impunis.


Il ne me reste que ces mots dans le silence de la bloggosphère. 

Par marie
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